Alta Gracia - Salta: au pied des montagnes

Aux dernières nouvelles nous barbotions tranquillement dans les lacs et les rivières de la Sierra de Cordoba, une dizaine de jours plus tard et nous voilà dans le grandiose décor de Salta au pied de la Cordillère des Andes. Revenons sur ces quelques moments riches en émotions, en souffrance et encore et toujours en bicyclette…
Bref au petit matin nous quittons Alta Gracia et comme chaque jour depuis notre départ de Buenos Aires nous fondons sous un cagnard assassin. Il fait près de 40° et dans les montées nous avons l’impression de connaitre un avant-goût de l’enfer. Depuis quelques jours les journaux titrent régulièrement sur la vague de chaleur qui touche la région… Réjouissant ! Nous maudissons notre lubie de vivre  « l‘été toute l’année ». Nous achevons l’étape au bled de la Cumbre et nous nous affalons sur une terrasse pour s’enquiller quelques godets de soda bien frais pour se remettre de nos émotions. Nous y rencontrons un français de 70 ans prétendant être un ancien cycliste professionnel (47 victoires au tour de France du temps de Eddy Merckx) et désormais reconverti dans la fruticulture en Argentine. Mouais… A d’autres ! Il nous prend pour des jambons ou quoi ! A notre terrasse nous voyons également le vent se lever et le ciel se couvrir, l’orage tant espéré arrive. Nous nous activons donc à la recherche d’un abri et atterrissons finalement à la caserne de pompiers du coin qui nous accueillent sans poser de questions. Nous découvrons avec bonheur  que chaque village d’Argentine possède sa caserne de bomberos volontaires et que dans l’immense majorité des cas ils acceptent de laisser un bout de sol aux voyageurs en galère. Merveilleux pays n’est ce pas ? Un horizon de nuits douillettes et de douches chaudes s’ouvre devant nous. Sans compter que ça nous fait toujours plaisir d’avoir un peu de compagnie le soir ! Dehors l’orage se déchaine toute la nuit et au petit matin en sortant de nos duvets on se les caille, il fait moins de 20° (oui on sait pour vous c’est beaucoup). L’orage a tout bouleversifié les lois de la nature : il fait frais et on a le vent dans le dos pour la première fois depuis notre arrivée. L’impact du vent dans le dos sur le moral du cyclotouriste est phénoménal, nous engloutissons les kilomètres dans une euphorie totale. Voilà donc après 5 mois de voyage et 6 pays traversés à bicyclette notre équipe d’experts peut vous l’assurer avec une quasi-certitude : le vent dans le dos est bon tandis que le vent de face est mauvais. 



Dans notre enthousiasme nous parcourons 130km dans la journée pour atteindre la ville de Dean Funès  et décidons d’aller frapper à la porte de nos nouveaux copains les pompiers. Encore gagné ! Une joyeuse bande de soldats du feu se met en quatre pour nous installer et nous invite même à partager leur diner. Nous passons la soirée à écouter les anecdotes de chacun et les blagues grivoises dans un argot argentin pas toujours facile à décoder. La soirée se termine par une dégustation de Fernet-Coca le cocktail typique des jeunes du coin tout en écoutant les tubes de la « Mona » Jimenez, the star of Cordoba parait-il (on vous invite à aller regarder sur Youtube).

L'équipe de nuit des pompiers de Dean Funes


Au lendemain nous repartons regonflés comme des chambres à air toutes neuves et nous quittons à regret nos pompiers. Nous jetons un regard sur la carte et devant nous  c’est une ligne droite longue de plusieurs centaines de kilomètres qui nous fait face. Autant vous dire plusieurs jours d’un ennui total… Il faut s’imaginer ce que c’est de pédaler plusieurs heures par jours sur une route parfaitement droite. Le paysage ne bouge pas, nous avons la sensation de ne jamais en voir le bout et il ne se passe absolument rien ! Tous les 50km un petit village tristoune fait son apparition. Bref pas folichon folichon tout ça. 

La route sans fin



Pour nous venger nous décidons d’accélérer un peu le rythme et nous parcourons 150km dans la journée. Pan dans les dents ! Record d’étape pour la Grande Echappée ! Pendant ces jours mornes nous faisons haltes successivement dans les petits patelins  de Recreo (accueillis dans le complexe sportif de la ville), de Tapso (accueillis par la radio de la ville) puis Monteagudo (accueillis par une horde de moustiques sanguinaire et sanpitié). Il faut bien se dire que ces jours ne sont pas les plus excitants que nous ayons connus. A l’heure de se mettre sur le vélo le matin nous faisons franchement la tronche. Après quelques kilomètres Alex se met à la hauteur de Vincent :
« - On va encore bien s’emmerder aujourd’hui non ?
-          Bah ouais »
Chacun à sa technique pour passer le temps sur le vélo. La batterie du mp3 et les podcasts de Franck Ferrand valent cher. Nous  somnolons sur nos montures, perdus dans nos pensées. De temps à autre notre regard s’allume l’espace d’une seconde: on vient de se souvenir du nom de son voisin de cours d’histoire en 3ème qu’on cherchait depuis 1h. Bref on s’ennuie ferme.
Tout ceci nous amène au petit matin du mardi 28 janvier, nous nous réveillons à Monteagudo et notre étape du jour doit nous emporter vers nos premières étapes de montagne. L’objectif est de gravir le col de l’Infiernillo (« le petit enfer » tout un programme) culminant à plus de 3000m et de rentrer dans la vallée de l’Aconquija nichée entre la Sierra de l’Aconquija et la Sierra de Quilmes. Nous rentrons dans le vif du sujet ! Depuis le temps qu’on attendait de trainer nos roues dans les hauteurs, nous allons être servis ! Pour cette première journée les spécialistes cartographes de la Grande Echappée, toujours pertinents dans leurs estimations, prévoient que ça devrait « monter un peu ». Après une cinquantaine de bornes sur du plat nous rentrons dans le parc naturel du coin. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le paysage change du tout au tout ! Nous pénétrons dans le cœur de gorges verdoyantes semblables à une forêt tropicale. Les nuages sont accrochés par les montagnes et abreuvent la zone d’abondantes pluies. 



Nous progressons dans cette nature luxuriante tranquillement puis la route commence à s’élever et nous avec. Les lacets s’entortillent sur le flanc des montagnes  et ouvrent sur de fantastiques panoramas. Nous avons le souffle coupé face à cette nature qui se dévoile (bon aussi un peu à  cause de la montée disons le…). Quelle ascension ! 

On serpente on serpente



Cette journée qui devait « monter un peu » se transforme en une véritable épreuve physique. 50km de montée entre les gorges. A mi-chemin nous faisons une pause ,des gouttes de pluies viennent nous caresser les moustaches, on s’en fout parce qu’on est déjà tout trempés de sueur… Nous continuons à avancer dans cette forêt obscure, les jambes se durcissent et le moral flanche un peu. Après 40km d’ascension la lumière perce à travers les arbres et la végétation s’éclaircit. Ouf ! Nous débouchons sur un plateau de verts pâturages qui nous rappelle délicieusement notre Auvergne (encore une fois !). 10km  de grimpette plus tard et nous arrivons sous la pluie àTafi del Valle notre objectif perché à 2000m d’altitude. La vue y est superbe et le village baigne dans un immense lac de barrage. Une bien fatigante journée de 100km dont la moitié de montée et plus de 2000m de dénivelée positive… Bienvenue dans le Nord ! Nous courrons tenter notre chance chez les pompiers qui une fois de plus nous ouvrent grand leurs portes et nous offrent une nuit parfaite pour nous remettre de nos émotions. 
Sales comme des poux mais arrivés



Le lendemain c’est le col de L’Infiernillo qui nous attend mais nous sommes plutôt sereins, la journée de la veille nous a bien remis dans le bain de la montagne ! Quelques heures d’ascension seront toutefois nécessaires pour atteindre le sommet, à 3042m. Nous vivons avec plaisir les quelques minutes passées en haut en compagnie d’une étrange ménagerie (1 cochon, 1 âne, 2 lamas, 4 chiens et 8 chevaux et quelques touristes). 

Record d'altitude à battre dès la semaine prochaine




Lama élegant


Puis c’est la descente vers la ville de Amaicha del Valle située mille métres plus bas  entre les Sierra de l’Aconquija et de Quilmes . Vertigineuse descente dans un paysage époustouflant. Nous quittons les montagnes vertes pour découvrir un versant désertique traversé par de fantastiques formations rocheuses et peuplé de vrais cactus en mode Lucky Luke. Les nuages restent bloqués d’un côté de la montagne semble il . Nous descendons  les lacets de ce décor de cinéma à bonne allure.

Jeunes hommes élégants





 La journée suivante est un vrai kif. Nous voilà passés de l’autre côté de la chaine montagneuse qui nous faisait obstacle et nous pédalons maintenant dans la vallée bien gardée par toutes ces montagnes qui culminent à plus de 4000m. Le soleil nous chauffe doucement, et nous traversons cette vallée pleine de vignes. Surtout nous sommes frappés par le calme qui nous entoure. Peu de trafic et de bien sympathiques petits villages. Nous empruntons pour quelques kilomètres la célèbre Ruta 40 qui traverse le continent sud-américain de part en part. Nous profitons de cette journée pour rouler doucement et prendre le temps. 





Des acrobaties à couper le souffle


Nous arrivons à la ville touristique de Cafayate à la nuit tombée. Fameuse pour ses vignobles nous ne résistons pas et nous offrons un petit coup de rouge pour récompenser nos efforts. Comme nous sommes des quiches en œnologie nous choisissons le meilleur rapport étiquette/prix (c’est-à-dire la plus jolie étiquette pour le plus petit prix). Bref on a encore pris de la piquette… On aurait peut-être dû faire un tour du monde des mauvais vins ? A Cafayate nous logeons au complexe sportif de la ville et nous voyons tour à tour les entrainements de foot, de rugby et de basket. Rien de très exotique en somme ! 




Au matin nous prenons la route de bonne heure et traversons la Valle de las Conchas, probablement la route la plus époustouflante qu’il nous a été donné de parcourir depuis le début de notre voyage. Nous suivons les eaux boueuses du Rio Santa Maria qui serpentent entre les sommets. Partout se sont créées d’étranges formations rocheuses. 

Quebrada de las Conchas



Nous roulons doucement et nous profitons de ces quelques heures au milieu de ce miracle géologique rouge et ocre. Y’avait quelques panneaux explicatifs sur comment s’est formé tout ce bazar mais on a eu un peu la flemme de tout lire mais ça nous a rappelé notre programme de seconde en svt. Pour votre gouverne et parce que c’est un blog intello quand même on vous donne des infos : avant y’avait de l’eau qui a laissé des fossiles coquillages et la couleur rouge ça veut dire qu’il y a de l’oxyde de fer. Voilà pour la culture. Nous on a plutôt ouvert grands les yeux pendant toute la journée, incultes mais heureux. 








A la fin de l’étape du jour c’est un Côme songeur qui nous fait remarquer la diversité des paysages que nous voyons depuis quelques jours : des grandes plaines à la forêt tropicale, des montagnes verdoyantes au désert de cactus, des vignes au canyons rouges… Une seule étape nous sépare de Salta, capitale touristique du nord, que nous parcourons rapidement. Nous y prévoyons un peu de repos après une belle semaine riche en émotion. Tous ces efforts ça nous fatigue. Comme dirait l’autre « saltapprendra à vouloir faire le tour du monde en vélo »…





1 commentaire:

  1. Matthieu vient de lire votre Blog,et me charge de vous recommender quelques endroits inoubliables de Bolivie:pour passer en Bolivie,le mieux c'est de:LA QUIACA(Argentine....etre a la douane a 6h du matin...sinon,il ya un monde fou)passer a VILLAZON(BOLIVIE)et aller en direction de UYUNI(salar)puis a POTOSI,et ne pas perdre''l'excursion'' pour visiter les mines...un autre conseil,ne pas vous installer longtemps a LA PAZ(diffulte pour circuler-ne JAMAIS acheter la nourriture vendue dans les rues...risque d'intoxication)...a la frontiere avec le Perou,je vous invite a ne pas rater LA ISLA DEL SOL,avec le lac TITICACA...(la partie sud avec une plage incroyable ou vous pourrez camper...)Bon voyage...amusez-vous bien...saludos amistosos de Matthieu(fils de CATHOU,de Bigand...)

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